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E-commerce au Sénégal : A la découverte de Mossane

Mossane est un trio de femmes sénégalaises businesswomen, passionnées de cosmétique et de beauté. Entrepreneures dans l’âme, elles dirigent avec hargne et vision, le quatrième site e-commerce le plus visité par les Sénégalais dans la catégorie beauté, santé et bien-être.

 

Le trio Mossane

 

Mossane, c’est l’histoire de Fatima Sarr Mbow 30 ans, la passionnée de maquillage ; de Jamila Ahamethe Thiam 31 ans, la spécialiste des cheveux et de Seynabou Ndiaye Diagne 33 ans, la commerçante aguerrie. Il s’agit de trois collègues qui travaillaient dans la même entreprise – dans le secteur du tourisme –  avec une passion commune : le domaine de la beauté et cosmétique.

Fatima est née et a grandi à Paris. Elle a toujours été passionnée par le maquillage. C’est ainsi qu’elle a pu travailler pendant deux ans en France, pour une marque française de cosmétique pour peaux noires et métissées avant de venir s’installer au Sénégal.

 

Lorsque la structure où j’effectuais mon alternance a fermé ses portes, j’ai eu la chance de rencontrer Fatou Sarr, la fondatrice de True color Paris, qui m’a embauchée en alternance.

 

« J’ai toujours souhaité évoluer dans le domaine de la cosmétique mais mon père n’a jamais voulu que je m’oriente vers cette voie. Il trouvait que ce n’était pas sérieux comme études”, raconte-t-elle. Alors, pour rassurer ses parents, elle a effectué un parcours classique. Titulaire d’un baccalauréat scientifique, elle réalise un BTS en commerce international avant d’intégrer une école de commerce. Durant son parcours académique, elle travaille en alternance dans une entreprise française spécialisée dans l’économie durable. Fatima rentre accidentellement dans le domaine de la cosmétique suite à la fermeture de cette dernière, en pleine année scolaire. “Lorsque la structure où j’effectuais mon alternance a fermé ses portes, j’ai eu la chance de rencontrer Fatou Sarr, la fondatrice de True color Paris, qui m’a embauchée en alternance”, renchérit-elle. Cette dame qu’elle considère comme mentor, lui a fait confiance dès le début et c’est ainsi qu’elle s’est lancée dans la cosmétique. “Durant cette formation, j’ai appris à maquiller et à former des maquilleuses”, conclut-elle.

 

Jamilah, la passionnée et spécialiste du capillaire a fait ses études primaires et secondaires au Sénégal. Après des études supérieures à Paris, elle rentre au pays avec un projet de création d’entreprise : une boutique de produits capillaires. Collègue avec Fatima, les deux jeunes femmes étudient ensemble la possibilité d’ouvrir un magasin de produits capillaires et de maquillage à Dakar. “Après réflexion et moult discussions, nous sommes parties sur le lancement d’une boutique en ligne car nécessitant moins de charges et plus facile à gérer par rapport à nos emplois du temps respectifs”, expliquent-elles.

 

En avril 2015, avec leurs profils complémentaires, Fatima la passionnée du maquillage, Jamilah, la spécialiste des cheveux et Seynabou, la business woman, lancent officiellement Mossane.

 

En échangeant régulièrement sur le projet pendant les heures de pause au travail, les deux jeunes femmes ont rencontré Seynabou, leur troisième associée. Celle-ci a rejoint le duo très naturellement. Animée d’une forte envie d’entreprendre, Seynabou – en plus de son travail –  était propriétaire d’une supérette à proximité de son domicile. Convaincue de la pertinence du projet proposé par Fatima et Jamilah , elle ferme son commerce et rejoint l’équipe Mossane.

En avril 2015, avec leurs profils complémentaires, Fatima la passionnée du maquillage, Jamilah, la spécialiste des cheveux et Seynabou, la business woman, lancent officiellement Mossane.

 

Avez-vous directement commencé votre projet sur le site en ligne ou êtes-vous d’abord passées par la vente sur la page facebook de Mossane ?

Le site en ligne et la page Facebook de Mossane ont été lancés en même temps. Dès le début, nous nous sommes fixées comme objectif d’utiliser la page Facebook pour communiquer et le site pour vendre. Une vente sur la page Facebook nous aurait poussées à passer nos journées à répondre aux questions des clientes. Nous avons mis tous nos produits et toutes les informations associées sur le site et redirigeons systématiquement nos clientes vers le service en ligne lorsqu’elles nous posent des questions dont les réponses sont déjà indiquées sur le site.

 

Fatima Sarr Mbow

 

Racontez-nous vos débuts.

Toutes les trois, nous avons réfléchi au design du site. La conception de celui-ci nous a coûté très peu. Quant à nos produits, nous les achetions chez des grossistes aux États-Unis ou en France ou alors, directement chez la marque. Notre logique ? C’est de tester d’abord le produit, puis on l’achète en grande quantité. En partenariat avec un transitaire, il nous envoie les produits sur Dakar.

 

Et même aujourd’hui encore, certaines marques refusent nos sollicitations pour être distributeur

 

Par ailleurs, dès le début, notre objectif était de ne pas acheter des produits et les revendre en petite quantité. Nous sommes donc parties dans une démarche où on voulait vraiment négocier des contrats de distribution avec les marques. C’est-à-dire, être un représentant officiel de la marque à Dakar. Et ce sont des procédures longues, avec souvent, des réponses négatives au bout du compte. Et même aujourd’hui encore, certaines marques refusent nos sollicitations pour être distributeur. Mais nous tenons bon car d’autres acceptent.

 

Et pourquoi certaines marques américaines refusent vos demandes de devenir distributeur officiel au Sénégal ?

Parce que le marché américain est tellement immense qu’il minimise le marché africain alors que la majeure partie des produits vendus au Sénégal viennent des États-Unis. Ensuite, leur refus vient également de la méconnaissance de l’existence d’un pays qui s’appelle “Sénégal”. Même lorsque nous leur proposons de livrer les produits à une adresse aux Etats Unis et que nous nous chargerons de faire le nécessaire pour les acheminer au Sénégal, nous obtenons un refus catégorique de leur part. “Nous ne voulons pas vendre au Sénégal”, nous répondent-ils sèchement souvent. Et paradoxalement, plusieurs (re) vendeuses commercialisent les produits de ces mêmes marques ici dans le pays et les Sénégalaises l’achètent en grande quantité. Nous appelons cela du mépris vis à vis de la consommatrice africaine. Mais heureusement que ce n’est pas toutes les marques américaines qui agissent ainsi. La preuve, nous avons L.A girl au Sénégal … Et nous même chez Mossane, nous vendons plusieurs produits de marques américaines.

 

Comment les Sénégalaises ont-elles connu Mossane ?

Essentiellement grâce à la la page Facebook de Mossane. Nous avons tout misé sur ce réseau social. Plus tard, après le lancement, nous avons organisé tous les 2 voire 3 mois, des ventes privées pour permettre aux Sénégalaises de toucher, voir et tester les produits.

 

Avez-vous quitté votre travail pour vous consacrer à Mossane?

Jamila et Seynabou ont gardé leur poste. Pour ma part, j’ai arrêté au mois de février dernier pour entre autres, me consacrer entièrement à Mossane. Puis, nous sommes tombées d’accord sur le fait que c’était une nécessité surtout avec l’ouverture prochaine de notre boutique physique.

Dans ce complexe, nous proposerons à nos clientes, un espace de vente dédié aux produits de beauté, un espace maquillage, un espace coiffure et un espace dédié aux soins du corps, du visage, le tatouage, la pédicure et le manucure.

 

 

Jamilah Ahamethe Thiam

Si vous partez sur la boutique physique, peut-on en conclure que Mossane est rentable?

Pas vraiment. C’est notre première entreprise, nous avons donc fait des erreurs. Nous n’étions pas à temps plein sur l’entreprise – vu nos boulots respectifs – et il y a eu des moments difficiles. Avec l’ouverture prochaine de la boutique, qui est un tournant décisif pour l’équipe, nous allons justement anticiper et éviter certaines difficultés rencontrées dans le passé.

 

Comment trouvez-vous le marché de la cosmétique au Sénégal ?

Il bouge mais pas assez. Si on prend l’exemple des créateurs de produits de beauté, la majorité de ces entrepreneurs propose des produits de qualité mais il y a un réel problème de finition. Un problème de présentation, de packaging. Et dans un marché inondé de cosmétiques, un produit de qualité dans un packaging qui ne donne pas envie passera facilement inaperçu. Des contraintes comme celle-ci font que nos entrepreneurs ne peuvent pas se lâcher car il n’y a pas tout à Dakar. Et cela constitue un réel frein pour certaines belles marques.

Ensuite, nous n’avons pas des structures qui croient en nous à nos débuts. Avec Mossane, nous avons démarré notre site en ligne sur fonds propres. Nous n’avons obtenu aucun financement de la part d’une banque. Lorsqu’on les sollicite, elles ne prennent pas au sérieux tout ce qui touche à la cosmétique. Le problème du financement des start-up  au Sénégal, c’est que les banques ne cherchent que deux choses: solvabilité et rentabilité. Ce qu’aucun entrepreneur ne peut garantir à ses débuts. Par contre dès que votre activité commence à porter ses fruits, elles commencent à taper à votre porte.

 

A votre avis, pourquoi le domaine de la cosmétique et beauté n’est pas pris au sérieux par certains Sénégalais?

Parce qu’il y a trop de petits (re)vendeurs qui polluent le milieu. De plus, dans un marché cosmétique aussi bouillonnant que le nôtre, il est aujourd’hui difficile de faire la différence entre le vrai et le faux produit, et entre les arnaqueur(ses) et les (re)vendeurs de produits originaux.  Il est de ce fait juste impossible de contrôler tout cela.

 

Quelles sont les difficultés que vous rencontrez ?

C’est indéniablement des problèmes de trésorerie. Deux ans après le lancement de Mossane, nous ne touchons toujours pas de salaire. Nous réinjectons tous les bénéfices dans le réapprovisionnement de produits.

Ensuite, nous avions une stratégie de base qui consistait à acheter des produits de beauté en grande quantité et ce n’est pas forcément une bonne stratégie. En effet, la consommatrice sénégalaise n’est pas très fidèle en produits de beauté. Elles est à l’affût des nouveautés. Et cela, nous avons mis du temps à s’en rendre compte. Aujourd’hui, nous allons mener deux logiques en parallèle :  disposer d’un gros stock de certains produits pour être dans la logique de revendeur officiel, mais aussi disposer également en petite quantité s’il le faut, des derniers produits sortis sur le marché pour attirer une nouvelle clientèle.

A côté de cela, il faut aussi préciser que la consommatrice sénégalaise est difficile à satisfaire. Elle aime les choses faciles. Elle ne veut pas se compliquer la tâche. Plus c’est trop simple pour elle, mieux c’est. Elle veut acheter avec tous les bénéfices : elle ne veut pas se déplacer, elle veut payer moins cher, avoir le meilleur service, la meilleure qualité de produits et le tout en dépensant le moins possible. A un moment donné, il faut aussi que ces consommatrices nous aident nous entrepreuneures. Nous essayons d’aligner les prix tout en leur apportant la qualité qu’on trouve à l’étranger. Et pourtant, lorsqu’elles voyagent, elles se plient aux conditions fixées par ces vendeurs d’ailleurs.

L’exemple concret qui nous revient c’est la création de compte avant l’achat d’un produit sur le site. “Franchement il faut que je crée un compte en ligne ? On peut pas juste me le livrer comme ça ?” Vous lancera une cliente au téléphone. Nous nous revoyons lui répondre que non. Créer un compte vous prendra 5 minutes et vous fera gagner énormément de temps plus tard. La prochaine fois, lorsque vous allez commander, vous ne donnerez plus votre adresse. Les informations qu’on vous demandera, c’est votre numéro de téléphone pour que le livreur puisse vous appeler et vous livrer à votre point de rendez-vous. La création d’un compte permet à notre service de livraison de préparer à l’avance son planning de livraison dans la journée. Cela lui évitera de se retrouver le matin au Port autonome de Dakar, le soir à Ouest-Foire et l’après-midi au centre ville.

Le seul but est nous de faciliter la tâche mais aussi aux clientes. Il n’y a rien de personnel lorsque nous demandons cette création de compte. Et nous sommes conscientes qu’il y a des clientes qui n’ont pas commandé sur notre site car elles avaient la paresse de créer un compte. Nous en sommes conscientes. Mais on sait que demain elles s’y mettront, nous n’avons pas peur de perdre des clientes.

 

Qu’est ce qui vous  fait dire que demain, elles  s’y mettront ? Pourquoi cette conviction ?

Aujourd’hui les femmes n’ont le plus temps. Pour se déplacer et acheter des produits. Pour marchander. Et demain, tout se commandera en ligne. Et tous les vendeurs vont proposer des services en ligne. Ainsi, elles seront obligées de se conformer aux exigences du service en ligne. Encore une fois, il ne s’agit pas de les contraindre mais plutôt de leur faciliter leur achat et cela passe par la création d’un compte par exemple.

 

Seynabou Ndiaye Diagne

 

Qu’est ce que Mossane va apporter de plus pour s’en sortir dans un marché sénégalais qui regorge déjà un bon nombre d’instituts de beauté et de salons de coiffure ?

 

Un complexe où l’hygiène, l’accueil et le service seront au cœur de notre préoccupation.

 

Un service à la hauteur de ce que propose les instituts de beauté à l’étranger. Un concept à la hauteur de ce que propose les Libanais ici au Sénégal. Un complexe où l’hygiène, l’accueil et le service seront au cœur de notre préoccupation. Le tout à un prix abordable à l’image des produits de qualité que nous vendons aujourd’hui sur notre site e-commerce. Car oui, si notre clientèle nous aime bien aujourd’hui, c’est parce qu’on vend à des prix compétitifs – c’est ce qui nous différencie de nos concurrents – et si elles vont ailleurs, c’est pour chercher des produits que nous n’avons pas.

 

Et comment faites-vous pour assurer des prix abordables sur les produits de beauté de grandes marques?  

Nous avons préféré négocier des contrats de distribution. C’est plus long certes mais cela nous permet d’acquérir des produits à des coûts réduits et donc forcément, nous pouvons nous permettre de les vendre moins cher.

 

Ce n’est pas décrédibilisant de vendre moins cher que le prix officiel d’un produit de grande marque ? Par exemple, j’ai  vu que vous vendez un rouge à lèvre de la marque MAC moins cher qu’à paris par exemple ?

Non. C’est volontaire. C’est par souci d’alignement par rapport à la réalité du marché sénégalais. Nous savons que le pouvoir d’achat d’une parisienne et celui d’une sénégalaise par rapport au niveau de vie n’est pas le même; d’autant plus qu’au Sénégal, la majorité des femmes se maquille. Il nous faut donc répondre à cette réalité du contexte local.

 

Et justement comment réagissent certaines clientes par rapport à cette réduction de prix? Parce que pour elles,  si le prix du “MAC” est moins cher que le prix officiel, elles se posent des questions. Elles doutent. Elles pensent à la contrefaçon.

 

Notre logique chez Mossane est d’offrir l’opportunité aux Sénégalaises d’avoir des produits de qualité comme à l’étranger, à des prix raisonnables.

 

Nous essayons toujours d’expliquer la conformité de nos prix par rapport à la réalité du marché. Il y aura toujours des personnes qui vont en profiter pour nous dénigrer ou dénigrer un concurrent en disant que c’est du faux alors que ce n’est forcément pas du faux. Ce n’est pas parce qu’on accepte de réduire notre marge qu’on vend du faux. Notre logique chez Mossane est d’offrir l’opportunité aux Sénégalaises d’avoir des produits de qualité comme à l’étranger, à des prix raisonnables.

 

Si jamais les grandes marques de cosmétique débarquent au Sénégal,  avez-vous peur de perdre votre business?

 

Il y a des réalités sénégalaises, il faut les vivre pour les comprendre.

 

Lorsque ces marques arriveront au Sénégal, elles passeront obligatoirement par des entrepreneures comme nous. Toutes celles qui se sont implantées en Afrique, se sont associées avec les locaux. Il y a des réalités sénégalaises, il faut les vivre pour les comprendre. En cela, elles savent qu’elles travailleront mieux avec les entrepreneurs du domaine de la beauté et cosmétiques. Non, nous n’avons pas peur.

 

Quels sont les prochains challenges de Mossane?

Nos challenges répondront aux points d’amélioration que nous avons identifiés depuis le début de l’aventure Mossane.

– Il nous faut plus de nouveautés à proposer à nos clientes

– L’ouverture de la boutique physique est une nécessité à ce stade de notre projet

– Il nous faut combler ce manque de variété, diversité dans les produits que nous proposons pour que cela soit à l’image de ce que l’on souhaiterait au début de notre aventure

– Nous allons ouvrir le capital de Mossane,  accueillir des investisseurs et agrandir ainsi notre offre.

 

Les forces de Mossane

D’abord la crédibilité. Le marché sénégalais est envahi par les contrefaçons et nous avons réussi à montrer, convaincre notre clientèle que nous vendons du vrai chez Mossane. Ensuite, nous avons l’avantage de livrer partout au Sénégal avec notre partenaire “Tex courrier” que nous changerons pour rien au monde. Et enfin, nous sommes une équipe passionnée par ce domaine de la beauté et cosmétique, formées pour cela mais surtout, nous avons des profils complémentaires.

 

Comment voyez-vous Mossane dans 3 à 5 ans ?

Ouvrir un autre complexe en plus de la prochaine boutique physique qui ouvrira ses portes à la rentrée. Être présent à l’intérieur du Sénégal et ensuite développer Mossane dans la sous-région ouest-africaine.

 

 

Aminata Thior
Aminata Thior

Ingénieur télécom, fondatrice et redactrice en chef de Setalmaa, Aminata est une passionnée dans l’âme. « Apprendre sans cesse »,« douter » et « faire/make » sont les maitres mots qui l’accompagnent au quotidien. Blog personnel sur RFI/Mondoblog : http://leregardeminatag.mondoblog.org/

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