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Etat des lieux de la dépigmentation en Afrique

La dépigmentation volontaire encore appelée « khessal » au Sénégal, « décapage » au Cameroun ou encore « bojou » au Bénin est le fait de se blanchir artificiellement la peau avec des préparations artisanales à base de soude ou avec des produits détournés de leur usage premier. Et ce, dans un but cosmétique. Sont utilisés par exemple des dermocorticoïdes destinés au traitement local de certaines affections dermatologiques, des produits à base d’hydroquinone, un agent réducteur de mélanine et des sels de mercure, une des formes les plus toxiques du mercure. Le phénomène est dangereux et très répandu en Afrique. Quels sont les causes ? Les conséquences ? Que dit le législateur à ce sujet ? Où en sommes-nous actuellement ? Eléments de réponses dans cet article.

 

 

Qui la pratique ?

Même si certains hommes se blanchissent la peau, la dépigmentation cutanée concerne majoritairement les femmes âgées entre 18 et 62 ans, soit 25 à plus de 33% de la population féminine en Afrique, avec une prévalence chez les 20 – 40 ans . Les femmes de toutes les catégories socio-professionnelles confondues y ont recours. Parmi elles, les commerçantes raflent la première mise, viennent ensuite les cadres moyens. En République démocratique du Congo et au Congo-Brazzaville par exemple, le blanchiment cutané est pratiqué par les hommes et les femmes dans des proportions quasi-identiques.

 

 

 

 

Les causes

Les femmes qui se dépigmentent la peau ont avant tout des motivations esthétiques. Selon une enquête réalisée au centre de Dermatologie du CHU de Treichville d’Abidjan, 80% d’entre elles sont en effet persuadées que le teint clair est plus attractif et synonyme de beauté extérieure. 57,5% des femmes interrogées affirment le faire par effet de mode tandis que le reste a été influencé par un proche y compris le conjoint dans une moindre mesure. Il faut aussi noter que les médias jouent un grand rôle d’influenceurs auprès des utilisatrices de produits éclaircissants. Des journalistes et animatrices au teint clair y sont mises en avant et les publicités pour ces produits y foisonnent (émissions TV, sponsors, téléfilms et séries).

 

 

 

En outre, les affiches publicitaires mettant en avant des femmes à la peau claire et les produits blanchissants sont omniprésentes dans les rues des grandes villes africaines. Une femme sur deux déclare avoir commencé à utiliser des produits pour se débarrasser de ses tâches et s’embellir dans un premier temps, avant de sombrer dans la dépigmentation. Si au Sénégal et au Mali la pratique concerne plus les femmes mariées (surtout dans les foyers polygames à cause de la rivalité entre les femmes), c’est tout le contraire au Burkina Faso et au Bénin où les célibataires désireuses de se caser sont les plus concernées selon l’étude.

 

D’autres causes comme la revendication des valeurs de modernité, d’urbanisme et de richesse entrent aussi en jeu. Dans le documentaire « Cette couleur qui me dérange » de Khady Pouye par exemple ,  le désir d’appartenir à un groupe perçu comme riche et attractif, forçant respect et admiration de la cité sont soulevées par les femmes qui se dépigmentent.

 

 

Les risques et conséquences

On pourrait croire que les personnes qui s’adonnent à la dépigmentation ignorent les conséquences de cette pratique mais il n’en est rien. La plupart des adeptes sont en effet au courant des effets néfastes sur leur peau. Cependant leurs motivations esthétiques semblent prendre le pas sur les risques encourus. Ces derniers sont généralement d’ordre esthétique et sanitaire voire économique. Les tâches et vergetures constituent les conséquences les plus fréquemment constatées. L’hydroquinone utilisée pour blanchir la peau à cause de ses effets réducteurs sur la mélanine est un produit dangereux. Au fil de son utilisation (après 1 an environ), des lésions ainsi que des brûlures sont observées sur celle-ci.

 

 

En Afrique noire, les complications diagnostiquées par les dermatologues font état de dyschromies dans 17,5% des cas, d’ochronose exogène et de vergetures chez une utilisatrice sur cinq. Au-delà des complications locales, certaines substances interdites en dehors d’un usage purement médical peuvent traverser l’épiderme et causer des infections graves voire des cancers. Les corticoïdes fragilisent ainsi l’épiderme et peuvent même être à l’origine du diabète et de l’hypertension. Avec le blanchiment, la peau s’amincit causant des problèmes de cicatrisation sans oublier les risques neurologiques et les complications rénales.

 

D’un point de vue économique, la pratique contribue à grever les revenus des femmes. Les produits achetés entre 1000 et 10 000 FCFA (fourchette de prix minimum) étant appliqués au quotidien et plusieurs fois par jour sur le corps et le visage, le budget peut vite s’envoler. Et c’est sans compter l’achat de produits visant à réparer les dégâts, les consultations dermatologiques et les autres charges liées au traitement des maladies de peaux qui en résultent. Les services de médecine préventive et santé publique et d’hématologie, de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar au Sénégal se sont penchés sur la question et ont évalués le coût mensuel total du phénomène à 1 081 658 FCFA (soit ~1650€) représentant 19% des revenus des pratiquantes.

 

Quelques produits dépigmentants qu'on retrouve dans les marchés des grandes villes africaines - Setalmaa
Quelques produits dépigmentants qu’on retrouve dans les marchés des grandes villes africaines

 

 

Grand prix de la dépigmentation

Si dans les années 60 les pays africains anglophones étaient les premiers utilisateurs de produits à vocation éclaircissante, les africains subsahariens ont pris le relais depuis les années 70 et 80. Prenons le cas du Sénégal par exemple. Dans ce pays, 67% des femmes s’adonnent au blanchiment de la peau selon une enquête menée par les services de médecine préventive et santé publique et le service d’hématologie de l’Université Cheikh-Anta-Diop de Dakar (d’autres évaluations parlent de 75%). Selon un classement publié par le journal « La Cloche » en 2018, le Congo est classé premier au banc des accusés, suivi par le Sénégal, viennent ensuite le Nigeria, l’Afrique du Sud et le Mali

Plus tôt en 2011, l’AFSSAPS (Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé) évaluait la prévalence de la dépigmentation à 59% à Lomé (Togo), à 25% au Mali, à 44,3% à Ouagadougou (Burkina Faso). En Côte d’Ivoire, la prévalence était de l’ordre de 53% à Abidjan en 2008.

 

 

Que dit la loi ?

Le Rwanda s’est récemment (en novembre 2018) illustré dans une guerre contre le blanchiment de la peau en interdisant les produits dépigmentant sur son territoire. La rwandaise Dr Diane Gashumba, par ailleurs ministre de la santé a annoncé qu’une loi régissant les produits en question était déjà en place. Auparavant, c’était le président Paul Kagame lui-même qui avait pris la parole à ce sujet.  Au Sénégal, où la pratique est quasi-banale, il était question il y a quelques années d’un projet de loi devant sévir contre le blanchiment. A ce jour, il semblerait qu’aucune mesure concrète n’ait été appliquée. A noter qu’il y’a quelques années, une campagne publicitaire « khess petch » (très blanche en wolof) faisant la promotion d’un produit éclaircissant à l’action rapide avait suscité l’indignation sur les réseaux sociaux. Elle a été contrée à l’initiative de la structure culturelle Wakh art par une autre campagne dénommée « nioul kouk » (très noire en wolof) mettant cette fois-ci en avant la beauté de la femme noire foncée pour lutter contre les produits éclaircissants. En 2015, la  Côte d’Ivoire, avait sorti une loi interdisant la dépigmentation mais cela n’a pas été dissuasif car aujourd’hui encore, en 2019, une femme sur deux se dépigmente à Abidjan.

 

 

Un des visuels de la campagne Ñuul Kukk - Setalmaa
Un des visuels de la campagne Ñuul Kukk au Sénégal

 

 

Perspectives ?

Si 90% des utilisatrices soutiennent vouloir stopper de se blanchir la peau au vu des conséquences externes visibles, ce n’est pas le cas du reste qui n’en n’exprime pas la volonté malgré tout. Les raisons ? Elles se trouvent plus jolies qu’avant et ont peur de noircir si elles venaient à arrêter. Si en Europe, l’utilisation de dermocorticoïdes, du mercure et de ses composés ainsi que de l’hydroquinone sont prohibés depuis plus d’une dizaine d’années, ce n’est pas encore le cas sur le continent. En Afrique, même si des voix s’élèvent et certaines mesures sont prises par les autorités, il reste encore un long chemin à faire. Des produits éclaircissants dangereux sont en effet encore vendus dans les marchés ou à la sauvette dans la plupart des pays africains. Le fléau semble avoir de beaux jours devant lui.

 

Le point de vue de la rédaction

Il semble qu’une action purement répressive ne soit guère la solution pour limiter le fléau lié au blanchiment de la peau. Par ailleurs, les campagnes de sensibilisation semblent avoir atteint leurs limites au vu du nombre de pratiquantes informées et qui persistent quand même dans la pratique (mais il faudrait en initier d’autres bien sûr). Les gouvernements peuvent bel et bien interdire l’entrée des produits décapants dangereux sur leur territoire mais ça ne sera qu’un premier pas. Il faudrait déjà que la société évolue et cesse d’ériger en modèle de beauté unique les femmes à la peau claire. Il faudrait que la gent féminine prenne conscience de sa valeur au-delà des critères physiques établis. Le combat doit être porté par chacun d’entres nous, hommes et femmes. Il doit commencer au sein même de la cellule familiale. Apprenons à nos filles qu’elles doivent être fières de ce qu’elles sont, fières d’être noires, de leur couleur de peau et de leur carnation naturelle (claire, noire, marron etc.). Valorisons-nous et valorisons nos enfants. Reléguons au second plan ce complexe lié à la noirceur. Mon teint naturel, mon identité!

 

 

Avez-vous une idée pour la lutte contre la dépigmentation ? Contactez-nous, nous serions ravis d’en discuter et de la mettre en oeuvre avec vous.

 

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