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Afrique : pourquoi faut-il imposer les cheveux courts aux collégiennes et lycéennes ?

Le milieu scolaire a ses exigences et c’est tout à fait concevable. Les apprenants doivent avoir une attitude et une tenue irréprochables, conformément au règlement intérieur ou à leur culture. Dans certains pays d’Afrique, une mesure ne fait pas l’unanimité : celle qui veut que toutes les élèves filles aient les cheveux coupés très courts. Beaucoup de jeunes filles scolarisées au Bénin, au Burundi ou au Cameroun y sont soumises simplement parce que la mesure est encore en cours dans leur établissement.

L’histoire de Sèna

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Sèna est une jeune béninoise passionnée de cheveu afro. Tout son cursus scolaire, elle l’a effectué dans un établissement public du Bénin : le CEG de Zogbo. Durant cette période, la jeune femme faisait l’unanimité auprès de ses professeurs car elle excellait en classe. Sèna était non seulement bonne élève mais elle s’était en plus découvert un don pour la coiffure. Don qu’elle explorait à ses heures perdues en tressant sa famille et ses camarades pour se faire la main. C’est dès son arrivée en classe de troisième, qu’on lui a imposé de se couper les cheveux courts. 

Si ça ne tenait qu’à elle, elle serait allée voir ailleurs. Mais rien ne garantissait que l’herbe y serait plus verte et ses parents qui avaient le dernier mot ne comprenaient pas pourquoi elle en faisait tout un drame. Ce n’était que des cheveux et ils allaient repousser. C’est ainsi que Sèna dû renoncer à sa magnifique chevelure. 

Cinq ans après, la jeune femme désormais étudiante à l’université n’est plus obligée d’avoir les cheveux courts. Néanmoins, face à une mesure devant laquelle elle n’a jamais pu ouvertement donner son opinion et au fait que celle-ci perdure jusqu’en 2022, une question lui revient à l’esprit : pourquoi se couper les cheveux est une garantie de meilleurs résultats scolaires ?

Les cheveux courts pour les élèves filles : d’où vient cette mesure imposée dans beaucoup de collèges et lycées au Bénin ?

Tout comme Sèna, de nombreuses élèves (filles) ont les cheveux coupés courts pour se conformer aux règles de leurs lycées. Si tous les établissements béninois n’exigent pas cela de leurs apprenantes, il y en a d’autres qui continuent de l’imposer en Afrique. Les raisons évoquées par les responsables d’écoles sont toutes simples : « Les cheveux sont un attrait et peuvent facilement distraire », « On pense qu’elles doivent les garder courts parce que cela leur épargne le temps perdu à les coiffer et les arranger ». L’école est exclusivement un lieu de savoir et il semblerait que les cheveux fassent barrière entre ledit savoir et l’apprenante. 

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Nous avons discuté avec Carine Hountondji, professeure de mathématiques au lycée des Jeunes filles de Porto-Novo qui a essayé de nous expliquer le point de vue de certains responsables d’écoles.  A la question concernant l’origine de la mesure, l’enseignante nous informe que c’est un directeur départemental ayant exercé il y a très longtemps au Bénin, qui en a eu l’idée. Elle n’a pas su nous donner plus de détails sur cette mesure. Mais, selon elle, on l’applique dans beaucoup de lycées béninois depuis aussi longtemps qu’elle s’en souvient. 

Si sur son lieu de travail, il n’est pas question que toutes les élèves filles aient les cheveux coupés courts, on leur impose quand même de ne pas arborer d’Afro, ni de locks. Elles ont le droit aux nattes collées, aux chignons sans rajouts de mèches ni bijoux de cheveux. Selon Carine, il est important que la coiffure des élèves, filles comme garçons soit surveillée au même titre que leur tenue vestimentaire. Cela a pour but d’éviter les débordements. « L’Afro par exemple ne doit pas être trop volumineux au risque d’attirer les regards et d’empêcher les élèves derrière l’apprenante d’avoir une vue du tableau » nous explique-t-elle. En gros, le but recherché par l’ensemble des contraintes autour de la coiffure des apprenantes est d’imposer la rigueur.

Une mesure incomprise par les filles

En imposant aux collégiennes et lycéennes d’avoir les cheveux coupés courts pour avoir accès à l’enseignement, on a fait fi de leur avis.

Tout comme Sèna, beaucoup de jeunes filles ne comprennent pas le lien entre cheveux et performances scolaires. En discutant avec Fabiola, ancienne élève d’un célèbre lycée catholique béninois, on se rend compte que pour beaucoup de « victimes », la mesure est injuste. « J’ai toujours été une élève moyenne en classe et je peux vous assurer que mes résultats sont restés constants. Et pourtant, durant tout mon collège, je les ai gardés mes cheveux. J’ai dû les couper qu’en classe de seconde”, affirme-t-elle.

Son amie Peace, présente juste à côté d’elle, nous révèle que la mesure ne s’appliquait pas aux caucasiennes. De même, on épargnait les eurasiennes et les métisses. Seules les africaines noires devaient avoir les cheveux courts. Même les vanilles, les Afro ou encore les locks leur sont interdits au prétexte que ça faisait désordre et négligé. Elle l’a longtemps mal vécu. C’était comme si on la privait d’une partie d’elle-même, une partie capitale dans son processus d’affirmation de soi en tant que femme noire. Pour toutes ces filles, c’est une partie de leur beauté et de leur féminité qui leur ai arrachée sous des arguments infondés selon elles. “ Désormais les garçons se moquent de nous en cour de récréation. Ils disent que nous sommes vilaines et nous donnent des tapes sur la tête.” affirme une autre élève en classe de 6ème.

Des parents qui se demandent si réagir est nécessaire

Pendant que les principales intéressées s’insurgent, les parents d’élèves observent la situation de loin. Pour la majorité d’entre eux, ce n’est rien de bien grave. « Vous savez, j’ai inscrit ma fille au CEG, parce que je n’avais pas d’argent pour l’inscrire au privé. Et, même si j’avais voulu, je n’aurais pas pu lui faire changer de collège parce que ça m’aurait occasionné plus de dépenses. Aujourd’hui, elle a retrouvé ses cheveux et personne ne lui imposera de les couper à nouveau. Tout est bien qui finit bien ». C’était la réponse du Papa de Sèna lorsque nous lui avons demandé ce qu’il pensait de la mesure.

Quant à la mère de Fabiola, elle nous a expliqué qu’elle n’était pas pour que sa fille se coiffe ainsi. « Quand elle m’a expliqué de quoi il en retournait, j’ai voulu me rendre à l’école pour m’y opposer. Mais en discutant avec son papa, j’ai compris que ça ne servirait à rien. Il fallait que tous les parents forment un bloc pour que la mesure soit annulée. » Ce second témoignage nous a convaincu que pour beaucoup de parents, s’opposer à la mesure était trop contraignant. Ils finissaient donc par se résigner en se disant que les cheveux, ça repousse.

Cheveux courts pour toutes : la voix de Séna et des autres filles

Nous avons revu Sèna. En effet, elle était sortie du système et avait peut-être plus de recul pour donner son avis sur le sujet. « Une Africaine est belle même avec les cheveux courts. Mais, j’ai toujours été attachée à ma chevelure. Il aurait mieux valu qu’on me laisse le choix ». Pour elle, c’est une question de mentalité. Et “les mentalités ont la vie dure en Afrique”. 

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A la question de savoir l’alternative qu’elle aurait proposé aux écoles, elle nous a répondu « Je pense qu’il faut déjà déconstruire toutes les idées selon lesquelles le cheveu ou les coiffures afro font désordre car à force de brandir cet argument, les filles finissent par y croire. Et ensuite, sans verser dans le laxisme, il faut permettre aux filles de se tresser avec leurs cheveux et pourquoi pas organiser des ateliers sur le cheveu crépu pour mieux le connaître et savoir en prendre soin sans que cela n’empiète sur le temps réservé aux études. Cela édifiera aussi bien les élèves que les enseignants. »

Les arguments évoqués par le corps enseignant pour justifier d’imposer les cheveux courts aux jeunes filles ne convainquent pas les principales concernées. Les parents veulent qu’elles se concentrent sur leurs études mais, “prendre soin de ses cheveux n’est pas une distraction”. Voyons plutôt cela comme une activité extrascolaire. A l’école, il faut également inculquer des valeurs telles que la confiance en soi. Et en Afrique, ça commence par aimer ce qui fait partie de notre essence : nos cheveux. Il est vrai que cette mesure a de nombreuses années d’existence derrière elle, mais, il est peut-être temps de laisser le choix aux jeunes filles.