Peau noire en Afrique : taches, acné et vergetures, entretien avec le dermatologue Franck Yedomon - Setalmaa
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Peau noire en Afrique : taches, acné et vergetures, entretien avec le dermatologue Franck Yedomon

En plus de la peau grasse, les taches pigmentaires, l’acné et les vergetures font aussi partie des principales préoccupations des peaux noires en Afrique.  Il suffit de faire un petit tour sur les groupes de femme sur Facebook par exemple pour s’en rendre compte. A la rédaction de Setalmaa, nous ne comptons plus les questions autour de ces problématiques. Le Dr Frank Yedomon,  dermatologue vénérologue à Cotonou et créateur de la première Agence de Promotion Numérique de la Dermatologie en Afrique francophone s’est porté volontaire au jeu de questions-réponses.

Partant du constat qu’il existe beaucoup d’ignorance en matière de cosmétique et peau noire en Afrique et pas mal de sujets tabous, le Dr Franck a décidé il y a 3 ans de fonder « mon dermatologue et moi », une communauté sur Facebook qui parle de santé de la peau, de cosmétiques et d’astuces beauté.

Son but est clair : informer et aider les populations à comprendre les maladies de peau et les infections sexuellement transmissibles. On y aborde ainsi diverses questions. De la maladie des dartres qui se développe sous notre climat chaud et humide à l’albinisme en passant par le tatouage et le détatouage. Entretien avec un spécialiste de la peau et des muqueuses totalement dans le partage.

 

Peau noire : taches, acné et vergetures, entretien avec le dermatologue Franck Yedomon
Le Dr Franck Yedomon à l’Africa Beauty Forum de Setalmaa en 2019 au Pullman Dakar

 

 

Quelles sont les principales raisons qui poussent les patients en Afrique à consulter un dermatologue ? 

De manière générale, ils consultent pour de la dermatologie traditionnelle (dermatologie infectieuse, tout ce qui est bactérien, parasitaire, viral…). En raison du contexte économique assez faible en Afrique, les consultations ne se font pas forcément de manière précoce. Quand les gens ont un problème de peau, ils n’ont pas le réflexe d’aller voir un dermatologue en raison du manque de moyens et de couverture sociale. Ils se disent « je vais gérer » et tentent de trouver d’autres solutions.

Mais de plus en plus, avec l’éducation, les gens commencent à prendre conscience que la peau est un organe visible. Et donc, on est en train de migrer vers la dermatologie cosmétique. Les maladies infectieuses sont de plus en plus maîtrisées (gale, varicelle…) du fait de l’hygiène des populations. Au lieu du profil d’épidémiologie, de maladie, on tend plus vers le profil de l’esthétique et du bien-être.  C’est tout ce qui concerne l’acné, les taches, les vergetures, les varices des membres inférieures, les tatouages, …

 

Mais de plus en plus, avec l’éducation, les gens commencent à prendre conscience que la peau est un organe visible.

 

Peut-on donc en conclure que l’acné et les boutons sont les premières causes de consultation que vous avez notées chez les femmes aujourd’hui ?

Oui l’acné dermatologique traditionnelle est l’un des principaux motifs de consultation. C’est une pathologie qui vient des boutons de la peau. En général il y a des zones plus affectées que d’autres telles que le visage et le décolleté. Arrivent ensuite les taches qui sont des séquelles pigmentaires résultantes de l’acné. Gérer un patient atteint d’acné prend au minimum 90 jours.

On arrive à maîtriser l’acné en 3 semaines à 30 jours. Mais après, il faut gérer les séquelles. Avec le soleil lié à notre contexte tropical, lorsqu’on a une pathologie inflammatoire qui donne des comédons fermés, on a automatiquement des taches qui vont apparaître avec les UV. Il y a certaines peaux noires qui ont tendance à faire des cicatrices trophiques.

 

Gérer un patient atteint d’acné prend au minimum 90 jours.

 

Au-delà de ce qui est enseigné dans les universités, il y a des cas que nous devons gérer et un soutien à apporter au quotidien en tant que dermatologue : il s’agit de problèmes qu’on ne retrouve pas forcément en occident où on a des sujets leucodermes dont la peau ne présente pas de tendance à faire des cicatrices chéloïdiennes. Cela donne de grosses taches car l’influence des facteurs ultraviolets est beaucoup moins importante dans leur environnement.

 

Qu’en est-il de la peau grasse et de l’hyperpigmentation, ne sont-elles pas aussi des motifs fréquents de consultations ? 

Dans ma pratique courante, la dermatologie traditionnelle est toujours présente. Mais les problèmes liés à l’esthétique prennent de plus en plus de place. C’est le cas des taches pigmentaires, des vergetures, des varices et même des comblements à l’acide hyaluronique qui sont aujourd’hui faits en Afrique. Les gens veulent des soins antivieillissement. C’est plus courant de voir des gens venir pour de l’esthétique plutôt que pour des problématiques liées à une maladie. La dermatologie est en train de virer du côté cosmétique.  Elle passe de maladie à bien-être comme j’ai dit tantôt. 

 

Les femmes veulent avoir un aspect plus agréable et elles ont plus de moyens ce sont 2 choses qui pourraient expliquer cet attrait vers la dermatologie cosmétique-esthétique. Vous en pensez quoi ?

A mon avis, il y a le vécu psychosocial du patient. Prenons le cas de l’acné. Quelqu’un qui a des boutons inflammatoires, des kystes, des nodules au niveau du visage voit sa vie sociale affectée. Et d’autre part, les gens sont plus instruits et ont plus de moyens pour consulter un spécialiste plutôt que d’opter pour des traitements maison.

 

Parlons de l’acide hyaluronique que vous avez évoqué tout à l’heure. Pourquoi maintenant tout le monde parle de cet ingrédient ?

L’Afrique essaie de suivre le développement du monde. Aujourd’hui de plus en plus en Europe, en occident de manière générale, les gens vont s’intéresser à la question du vieillissement cutané. Les gens ne veulent pas avoir de rides et veulent toujours paraître jeunes parce que le jeune, c’est celui qui a l’espoir du futur.

Quand vous arrivez en entretien d’embauche par exemple et que vous avez des signes de sénescence cutanée (NDLR, processus entrainant le vieillissement de la peau), c’est beaucoup moins évident que lorsque vous êtes jeune, frais et bien hydraté. Et donc l’Afrique ne fait que suivre ce cheminement. L’acide hyaluronique est une molécule synthétique qui permet d’augmenter les propriétés cosmiques de la peau. C’est-à-dire sa capacité à retenir l’eau. Après la trentaine, la peau perd en effet un peu de sa capacité à absorber l’eau et crée le phénomène de sénescence. Lorsque l’acide hyaluronique entre au niveau du derme, elle va tirer l’eau et le garder au niveau de la peau. Plus vous aurez cette capacité à retenir l’eau, moins vous serez sensible aux rides. 

 

L’acide hyaluronique est une molécule synthétique qui permet d’augmenter les propriétés cosmiques de la peau. C’est-à-dire sa capacité à retenir l’eau.

 

C’est encore plus important en Afrique où nous avons des facteurs encore plus élevés avec le soleil et les rayons UV qui tapent beaucoup plus et favorisent le vieillissement. L’avantage qu’on a, c’est la mélanine qui nous protège du soleil. Mais malgré cela, on se rend bien compte que la sécheresse cutanée est bien présente et la capacité de la peau à absorber l’eau se perd progressivement. Cependant utiliser de l’acide hyaluronique sur une peau noire n’est pas un phénomène encore très connu. Si vous parcourez tous les services de dermatologie dans la sous-région, vous verrez qu’il y a encore un faible taux de dermatologues qui en parlent. 

 

En général, beaucoup de firmes pharmaceutiques vont produire des crèmes solaires qui devraient normalement nous aider à réduire les effets de la lumière solaire au niveau de la peau noire. Mais le problème, c’est que nous remarquons qu’elles ont un effet bronzant que les femmes noires n’aiment pas.

 

Je pense quand même qu’en plus de la mélanine qu’on a naturellement, augmenter les propriétés hygroscopiques de la peau est une bonne chose. En général, beaucoup de firmes pharmaceutiques vont produire des crèmes solaires qui devraient normalement nous aider à réduire les effets de la lumière solaire au niveau de la peau noire. Mais le problème, c’est que nous remarquons qu’elles ont un effet bronzant que les femmes noires n’aiment pas. Parce qu’elles ont l’impression d’avoir la peau plus pigmentée. L’acide hyaluronique peut donc être un atout thérapeutique sur le long terme en complément de la mélanine que nous avons de façon naturelle.  Elle ne fait pas bronzer et son action sur la peau permet de lutter contre les rides.

 

L’acide hyaluronique pourrait donc remplacer la crème solaire pour les femmes africaines ? 

On peut le dire comme ça en matière d’hydratation. La crème solaire donne un aspect grisâtre sur la peau noire. Avec elle, vous avez un acquis en termes de protection mais pas au niveau du visuel. Les firmes cosmétiques devraient ainsi travailler sur les bénéfices “protection et visuel” des crèmes solaires à destination des populations noires. Théoriquement, lorsque vous utilisez de l’acide hyaluronique, vous reboostez l’hydratation de votre peau, et donc les capacités de pertes liées aux UV sont beaucoup plus faibles. 

 

Que répondez-vous aux dermatologues qui pensent qu’on doit utiliser une crème solaire en plus de l’acide hyaluronique ?

Oui c’est une possibilité. Mais il ne faudrait pas que la personne soit gênée par l’aspect grisâtre causée par la crème, ni par la peau qui devient plus foncée.   

 

Par rapport à l’acné, pourquoi les femmes y sont plus souvent sujettes que les hommes ? 

 

Tandis que la femme a depuis l’adolescence un cycle hormonal en constante évolution (ovulation, cycle prémenstruel), l’homme quant à lui n’a pas de cycle menstruel. Et son activité au niveau de la production de testostérone est stable, il sera donc moins atteint par l’acné.

 

Par rapport à cette question, il faut revenir à l’incidence hormonale chez l’homme et chez la femme. Les femmes sont des bombes hormonales avec des variations tout au long du cycle et de la vie (grossesses etc.). Donc tandis que la femme a depuis l’adolescence un cycle hormonal en constante évolution (ovulation, cycle prémenstruel), l’homme quant à lui n’a pas de cycle menstruel. Et son activité au niveau de la production de testostérone est stable, il sera donc moins atteint par l’acné. La femme est plus encline à en faire.

 

Les contraceptifs, que ça soit ceux du lendemain ou ceux sur le long terme qui sont fortement dosés peuvent aussi jouer sur la production hormonale, modifier le cycle et favoriser l’acné.

 

Cela étant, il y a aussi les variations interindividuelles. Par exemple dans le Sahel, dans des pays comme le Mali et la Mauritanie, on a beaucoup de femmes qui ont des peaux qui ne sont pas grasses. Plus on s’éloigne des côtes maritimes, plus on remarque que les peaux deviennent plus sèches. A l’opposé, les peaux sont plus grasses dans les zones côtières.

Les contraceptifs, que ça soit ceux du lendemain ou ceux sur le long terme qui sont fortement dosés peuvent aussi jouer sur la production hormonale, modifier le cycle et favoriser l’acné. Et malheureusement, on ne peut pas vraiment agir sur le cycle hormonal qui est totalement physiologique. 

  

L’acné a donc une cause hormonale ? Quelles en sont les causes au juste ? 

En Afrique on avait l’habitude de dire que l’acné est liée à l’alimentation. « Je mange gras donc ma peau est sujette aux boutons ». Scientifiquement, l’alimentation n’est pas incriminée dans la survenue de l’acné. 

Le 1er facteur en cause est un germe dénommé proprionibactérium acnes. C’est un germe localisé au niveau des follicules pilosébacés et qui entretient l’inflammation. C’est-à-dire qui bouche les comédons et entraîne des boutons. 

Le 2e facteur est la peau grasse présente chez la majorité des Africaines et qui produit du sébum en quantité. Ce sébum rempli de follicules sébacés va en général s’exprimer au niveau de la peau. Par rapport à ça, on parlait d’hyper séborrhée avant, parce que l’hyper-séborrhée veut dire que la personne a du sébum plus qu’il n’en faut, alors que le sébum son utilité ,c’est d’humidifier et d’apporter un film lipidique au niveau de la peau. On parle aujourd’hui de séborrhée fluctuante.

 

 

Peau noire : taches, acné et vergetures, entretien avec le dermatologue Franck Yedomon
Peau noire – Excès de sébum

 

 

Cette séborrhée est liée à la testostérone. Il y a des femmes et des hommes qui ont des taux de testostérone élevés. Tout simplement parce que la testostérone qui doit agir sur des récepteurs présents au niveau de la peau est beaucoup plus importante au niveau de la peau du visage, du décolleté et des zones génitales. Et lorsque ces récepteurs reçoivent la testostérone, ils ont tendance à affluer vers une production effectrice de sébum au niveau de la peau. A noter aussi que le stress augmente le niveau de testostérone qui va agir au niveau de la peau et augmenter le sébum surtout au niveau des sites où ils sont le plus important : visage et décolleté. 

Le 3e facteur est l’hyperkératinisation. Il y a plusieurs couches au niveau de la peau (l’épiderme, le derme et l’hypoderme). L’hypoderme n’a pas une grosse utilité physiologique au niveau de l’acné. Au niveau du derme et de l’épiderme, vous avez une desquamation de la peau. Lorsque vous vous lavez, vous perdez des kératinocytes qui se renouvellent progressivement. Ces kératinocytes qui se perdent vont créer un bouchon au niveau du follicule sébacé empêchant le sébum de s’évacuer.

 

Est-ce que ça veut dire que tu peux faire tout ce que tu veux comme soins, si tu es stressé tu vas secréter de la testostérone et du sébum et faire de l’acné ? 

Absolument ! C’est exactement ce qui explique la présence de l’acné chez les femmes qui souffrent d’ hirsutisme (présence de poils au niveau du menton chez une femme). La base de l’hirsutisme, c’est que vous avez des ovaires polykystiques ou des myomes qui entraînent une production importante de testostérone. Ce qui explique qu’il peut aller avec l’acné grave avec des kystes ou des nodules au niveau du visage. 

 

Le traitement de l’acné est une vraie relation médecin-patient.

 

Je disais tantôt qu’il y avait 3 facteurs qui pouvaient causer l’acné : la bactérie qu’on appelle le propionobacterium acnes , la séborrhée fluctuante et l’hyperkératinisation. Ces 3 facteurs créent des acnés à long terme. C’est pourquoi le traitement de l’acné est une vraie relation médecin-patient. Il faut qu’on puisse expliquer au patient tout ce qui est stress pour qu’on puisse avoir un résultat. C’est pourquoi le suivi du patient est important pour avoir des résultats à long terme parce que si on abandonne le patient, et que les mêmes facteurs sont toujours présents, nous auront les mêmes effets. Donc le dermatologue est appelé à suivre le patient jusqu’à ce qu’on ait l’extinction de ces lésions et mettre un traitement de contrôle pour que cela n’arrive plus. 

 

Dans la pratique, les patientes attendent rarement ces 3 mois ? 

Exactement, en général les dames ont tendance à être pressées et veulent qu’on résolve leur problème d’acné très rapidement pour de nombreuses raisons (mariage, baptême, shooting etc.). Mais il faut expliquer que la peau a un mécanisme et un cycle de 3 semaines. Donc les résultats que vous aurez, vous les aurez au minimum en 21 jours.

Pour guérir, il faut au minimum 3 cycles de peau, c’est-à-dire 3 fois 21 jours. Mais en général, la patiente se décourage, abandonne et va aller vers des produits qui contiennent des corticoïdes. Et la particularité de ces derniers c’est qu’ils résolvent votre problème très rapidement pendant une semaine et vous aurez après une acné plus importante que celle que vous aviez au départ. C’est pour cela qu’il faut établir une bonne relation médecin-patiente et bien expliquer les enjeux pour que la personne fasse preuve de patience afin qu’on puisse arriver à des résultats qui reflètent un certain professionnalisme. 

 

Est-ce qu’on peut parler d’acné dès qu’on a des boutons ?

Non avoir des boutons ne signifie pas forcément qu’on a de l’acné. Il y a beaucoup d’autres maladies qui peuvent entraîner des boutons. C’est pourquoi en général, il faut forcément consulter un dermatologue. Le diagnostic de l’acné est très facile, c’est un diagnostic d’inspection. Les zones plus atteintes sont le visage et le décolleté mais il faut toujours consulter un dermatologue pour être fixé et savoir s’il s’agit d’acné ou d’autre chose.

 

Avoir des boutons ne signifie pas forcément qu’on a de l’acné.

 

Y a-t-il une différence entre l’acné d’ado et l’acné d’adulte ? 

On appelle l’acné d’adolescence l’acné polymorphe juvénile tout simplement parce qu’elle remplit tous les signes de l’acné : inflammation, microkystes, kystes. C’est en général une acné très fulminante et liée à la forte croissance et la poussée d’hormones. Par rapport à l’acné d’adulte, elle peut être liée à beaucoup de facteurs parmi lesquels les contraceptifs, le stress, l’utilisation de cosmétiques éclaircissants ou de produits comédogènes. 

 

Beaucoup de produits s’ils ne sont pas testés, peuvent à eux seuls causer des boutons.

 

En Afrique on a aujourd’hui une flambée de fabricants de produits cosmétiques avec beaucoup de publicité et les gens leur font confiance. Mais le problème c’est que beaucoup de produits s’ils ne sont pas testés, peuvent à eux seuls causer des boutons. Parce que pour produire une crème ou un lait, il y a un procédé au niveau de la formulation. Or beaucoup produisent de façon traditionnelle et dans un environnement qui n’est pas forcément stérile. Nous en tant que dermatologues, nous nous battons pour permettre à l’Afrique de produire des cosmétiques qui suivent les normes de qualité.

Exemple, vous achetez un savon qui a un fort dosage d’huile essentielle qui pique même au nez. Vous rachetez le même savon et vous ne sentez plus cette odeur. Cela veut dire que le fabricant ne s’est pas assuré de la stabilité de sa formulation. Pour éviter cela, il peut s’associer à un pharmacien galiéniste par exemple. 

Ensuite, concernant les unités de transformation qui sont faites à la maison, en général, vous ne pouvez pas passer à côté des champignons et infections. Et il faut aussi vérifier que le produit qu’on est en train de réaliser ne donne pas de boutons. 

Vous avez également certains producteurs avec l’ingéniosité de pouvoir introduire de petits dérivés éclaircissants nuisibles pour la peau et comédogènes. Ce qu’on devrait faire en tant que dermatologues, pharmaciens et promoteurs cosmétiques, c’est d’aider les jeunes producteurs à produire des cosmétiques utiles pour la peau noire dans le respect des différentes phases de production. 

 

Peau noire : taches, acné et vergetures, entretien avec le dermatologue Franck Yedomon
Peau noire – Laboratoire de formulation de produits cosmétiques

Les taches préoccupent aussi les femmes en Afrique, comment l’expliquez-vous ? 

Pour les taches, lorsque vous utilisez des produits éclaircissants par exemple, ils vont modifier la mélanogenèse au niveau des cellules. Et donc la diffusion de la mélanine ne se fera plus de façon harmonieuse et vous aurez de grosses taches qui vont apparaître et seront entretenues par les rayons ultraviolets. En Afrique, la plupart des dermatologues face à ce genre de taches, vont prescrire des crèmes à base d’acides de fruits qui sont des produits dépigmentants qu’on applique localement sur les taches . Ces crèmes ne donnent pas de résultats rapides, il faut attendre 6 mois au moins. Et c’est ce qui se fait en général en Afrique pour faire disparaître les taches.

 

En Afrique, la plupart des dermatologues face à ce genre de taches vont prescrire des crèmes à base d’acides de fruits qui sont des produits dépigmentants qu’on applique localement sur les taches . Ces crèmes ne donnent pas de résultats rapides, il faut attendre 6 mois au moins.

 

C’est parce qu’on ne regarde pas les techniques plus évoluées comme celle à base de mésothérapie qui associe la vitamine C super concentrée à 10 ou 20%. Vous avez l’acide ascorbique ou acide tranexamique qui peuvent être utilisés pour traiter ces taches, des solutions à base d’acide citrique, d’acide kojique ou de glutathion qui peuvent aussi être utilisés en mésothérapie. Pour info, la mésothérapie est une technique permettant d’injecter une substance au niveau de la peau à l’aide de petites aiguilles. Son action est plus rapide que le fait d’utiliser des crèmes. En occident, on n’utilise même plus des aiguilles mais des sondes pour faire disparaître les taches. 

 

Est-ce que c’est naturel parce que le glutathion fait penser à la dépigmentation ?

Le glutathion est un antioxydant qui est utilisé au même titre que les autres médicaments comme le paracétamol etc. Le problème c’est que beaucoup vont aller vers du glutathion en intraveineuse, ce qui est absolument nuisible. En revanche, lorsqu’on fait de la mésothérapie au glutathion de façon locale, par injection localisée au niveau des tâches, il s’agit là d’une indication thérapeutique venant d’un médecin, d’un dermatologue.

 

Est-ce que c’est pratiqué en Afrique la mésothérapie ? 

Absolument ! Nous on traite les taches avec du glutathion en microneedling et en mésothérapie sans aucun risque. 

Les femmes se disent que le glutathion est la molécule miracle pour avoir la peau claire. Or son utilisation en intraveineuse sur plusieurs semaines peut avoir un effet sur les organes (poumons, reins, foie) et causer de vrais dégâts. A petites doses, ça passe mais vous ne serez jamais claire de peau ! En Afrique avec le soleil, si vous utilisez le glutathion à 500 mg, 1000 mg ou 1200 mg par semaine, vous ne verrez pas votre peau changer.

 

Les femmes se disent que le glutathion est la molécule miracle pour avoir la peau claire. Or son utilisation en intraveineuse sur plusieurs semaines peut avoir un effet sur les organes (poumons, reins, foie) et causer de vrais dégâts.

 

Le souci c’est que les gens vont utiliser des doses relativement létales (10 000 mg)  et emploient en synergie un autre antioxydant qui est la vitamine C. Et donc faire en sorte que le métabolisme de la mélanine soit perturbé. Ce que je veux dire c’est que pour devenir claire, il faut utiliser de fortes doses de glutathion et le faire très régulièrement. Et c’est là où les dermatologues tirent la sonnette d’alarme. Et même avec des doses très fortes, rien ne peut assurer que vous serez claire sur du long terme. Vous pouvez avoir une luminosité de peau autour de 3 semaines et après ça descend. C’est donc dangereux l’utilisation de Glutathion comme cela s’utilise aujourd’hui par certaines femmes.

 

Que pouvez-vous nous dire à propos des vergetures ? 

 

La cause la plus fréquente est la dépigmentation avec les corticoïdes et l’hydroquinone qui fragilisent le derme.

 

Les vergetures sont des troubles trophiques qui sont liés à des fractures au niveau du derme, au niveau des fibres élastiques et des fibres collagènes. Elles sont liées à un amaigrissement ou une prise de poids trop rapide. Un ado qui grandit trop rapidement peut avoir une traction au niveau des tissus et des vergetures. Ça peut être le cas pour quelqu’un qui maigrit trop rapidement ou qui fait du sport.

 

 

Peau noire : taches, acné et vergetures, entretien avec le dermatologue Franck Yedomon
Credit photo : Vergetures brillantes sur peau noire via  Au feminin.com

 

 

La cause la plus fréquente est la dépigmentation avec les corticoïdes et l’hydroquinone qui fragilisent le derme. En cours de dermatologie traditionnelle à la Fac, on nous apprenait qu’il n’y avait rien pour réparer les vergetures. Aujourd’hui en Afrique, il y a des précurseurs, des élites qui ont mis en place des traitements contre les vergetures. 

Le 1er c’est la carboxythérapie qui permet d’injecter du monoxyde de carbone dans la lumière des vergetures et qui impulsent automatiquement l’oxygénation du derme et qui permet la production de collagène pour réparer la brèche dans la peau.

La 2e technique c’est le plasma riche en Plaquettes, C’est-à-dire qu’on prélève le sang de l’individu, qu’on va recueillir pendant 5 à 6 minutes 3 fois de suite, ensuite centrifuger et récupérer le plasma qui est riche en éléments de croissance qu’on réinjecte au niveau de la peau. 

Le 3e élément consiste à injecter un produit de mésothérapie qui va permettre de résorber les strechmarks  au niveau de la peau. 

Ces 3 techniques peuvent permettre une atténuation ou même une guérison des vergetures si elles ne sont pas chroniques. 

 

Comment savoir si les vergetures dont on souffre sont chroniques ou pas ? Et que pensez-vous de toutes ces crèmes anti-vergetures disponibles sur le marché ? 

Avec ce genre de produits, il vous faut au moins 1 à 2 ans pour avoir des résultats. Les vergetures chroniques sont celles que vous avez depuis 6 mois et qui sont difficiles à résorber. Il faut au moins 3 ou 6 mois de traitement pour les atténuer. Parce que les fractures ont eu le temps de s’installer.

 

Laisser les vergetures croitre, c’est leur faire un nid.

 

Les vergetures qui sont là depuis moins de 6 mois voire 3 mois, vous avez beaucoup de chance de les atténuer et de les résorber. Laisser les vergetures croitre, c’est leur faire un nid. Le dermatologue est là pour accompagner le patient et mettre en place des mesures avec des traitements combinés : crèmes, mésothérapie, plasma, carboxythérapie… Si on s’y prend tôt et en combinant différents traitements, on peut avoir une amélioration de l’ordre de 90%.

 

Et que répondez-vous à ceux qui disent que les vergetures peuvent être atténuées mais pas enlevées totalement ?

Avant on disait que les vergetures c’était à vie mais la science évolue et elle n’est pas dogmatique. Il faut expliquer aux femmes qu’il faut consulter dès l’apparition des vergetures et de ne pas les laisser s’installer.

 

Faut-il attendre d’avoir une affection particulière comme une maladie de peau pour consulter un dermatologue, ou doit-on le faire à une certaine fréquence comme on le ferait avec un gynéco par exemple ?

Théoriquement oui et non. En général quand vous avez une maladie de peau vous devez consulter un dermatologue, c’est logique. Maintenant si vous n’avez pas de maladie et souhaitez entretenir votre peau, vous pouvez aussi consulter. Et aujourd’hui, de plus en plus en Afrique, les gens viennent nous voir pour améliorer leur état de peau noire et faire des traitements qui relèvent du bien-être. 

 

 

Interview menée et réalisée par Aminata Thior et Adji Adj Diallo.

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