Pourquoi faut-il lire les étiquettes de vos produits cosmétiques ? Entretien avec Birama THIAM, directeur de recherche et développement de Farifima Cosmétiques - Setalmaa
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Pourquoi faut-il lire les étiquettes de vos produits cosmétiques ? Entretien avec Birama THIAM, directeur de recherche et développement de Farifima Cosmétiques

Comment lire les étiquettes sur vos produits cosmétiques, c’est le sujet traité par notre expert du jour. Depuis plus de 2 ans, la rédaction de Setalmaa est allée à la rencontre de marques dont on ne parle pas forcément. Nous sommes allées dénicher des entrepreneurs dans le domaine de la beauté et cosmétique pour les mettre au-devant de la scène. Nous vous avons parlé de produits qui marchent et tenté d’apporter des réponses aux questions que vous vous posez. Mais au-delà des produits et créateurs (trices) de marques, il y a ces personnes tapis dans l’ombre dont on parle peu. 

 

Birama Thiam fait partie de ces dernières. Chimiste, microbiologiste et spécialiste qualité dans les bio-industries, Birama est aujourd’hui le directeur en recherches et développement de Farifima cosmétiques. Ayant fait ses débuts dans l’agroalimentaire en tant qu’analyste microbiologiste, il est devenu tour à tour stagiaire, puis responsable de laboratoire chez la marque avant de devenir associé et directeur en recherche et développement.

Dans ce milieu essentiellement féminin, Birama dénote et ne cache guère sa passion pour la cosmétique. Mordu de mécanique, son autre passion, il a aussi auparavant évolué dans le business de voitures et motos avant de poser ses valises chez Farifima. La chimie n’a plus aucun secret pour celui qui a fait son cursus scolaire au Sénégal. Sétalmaa est  allée à sa rencontre pour traiter de la question : « comment lire une étiquette cosmétique ? »

 

 

Birama THIAM à l'African Beauty Forum de Setalmaa
Birama THIAM à l’African Beauty Forum de Setalmaa en novembre 2019 au Pullman – Crédit photo : Badara Pereira

 

Quelle est l’importance de savoir lire une étiquette cosmétique ?

Un produit cosmétique est assez sensible surtout lorsqu’il s’agit de produit de soin. D’ailleurs les maquillages le sont aussi, parce que la peau noire est globalement une peau à problème. Ce qui est important à mon avis, c’est de pouvoir prendre soin de soi, de savoir quoi mettre sur sa peau, son visage, ses cheveux. Ils sont assez intimes, il est donc important de savoir lire une étiquette pour pouvoir différencier les bons produits des mauvais.

 

Il y a un problème qui touche le Sénégal : il n’y a pas de réglementation concernant l’emballage, l’étiquetage, les conditions de production ou de stockage d’un produit cosmétique. En tout cas, pas à ma connaissance. D’où l’importance de savoir que s’il n’y a pas de règlementation, de lois, ni de contrôle, c’est à nous de nous dire c’est assez. Je veux un produit qui soit comme ça et comme ça.

 

Il faut faire attention et encore plus lorsqu’on a une peau à problème. La peau est le premier organe qu’on voit. Donc si on la dénature avec les produits de mauvaise qualité qui viennent d’un peu partout, et même avec ceux faits ici au Sénégal qui n’ont pas d’étiquette ; des produits pour lesquels on ne connait même pas les ingrédients, ça devient problématique. C’est pourquoi il faut faire attention.

 

Quels sont les premiers éléments sur lesquels prêter attention en matière d’étiquette et que faire en l’absence de celle-ci ?

En premier lieu, n’achetez jamais un produit sans étiquette. C’est la base. En deuxième lieu, si on vous dit par exemple qu’un produit est à base d’huile d’olive, recherchez cet ingrédient dans la liste. Il doit y être mentionné. Il faut savoir que les matières premières sont toujours notées de manière décroissante. C’est-à-dire, le plus concentré vient en premier et le moins concentré en dernier.

 

Si on vous dit par exemple qu’un produit est à base d’huile de carotte. Et que cette huile est tout à fait en bas sur la liste, sachez qu’il n’y a que quelques gouttes d’huile de carotte qui ont été mises à l’intérieur pour duper les gens. Autre exemple, si vous voyez dans un produit dit naturel du « shea butter » (karité) en haut, c’est très bien.

Après on peut avoir quelques ingrédients chimiques comme un émulsifiant qu’on utilise pour faire la crème ou un conservateur. Si on les voit en bas, c’est qu’ils y sont à hauteur de 2% et ce n’est pas néfaste pour la peau. Ensuite, on a les huiles essentielles et tous les autres actifs.

Il faut prendre le temps de bien lire les étiquettes. Et sans étiquette, il ne faut pas prendre le produit car on ne sait pas avec quoi il est fait. Et cela peut être dangereux. Ça l’est d’ailleurs aussi pour le producteur. Parce que s’il arrive quelque chose à l’utilisateur qui porte plainte, il ne pourra pas se justifier sur les ingrédients utilisés.

En outre, quand on est allergique à une huile essentielle, c’est important de savoir si elle se trouve ou non dans un produit qu’on souhaite utiliser. Si je me retrouve à utiliser un produit contenant une huile essentielle à laquelle je suis allergique et qui n’a pas été mentionnée sur l’étiquette, je vais faire un choc anaphylactique. Je n’arriverai plus à respirer et c’est la mort s’il n’y a pas l’intervention d’un médecin ou d’une personne compétente. C’est dangereux.

 

Justement dans nos pays où une réglementation fait défaut, comment être sûre que cette règle de décroissance est respectée ?

Il ne faut pas oublier qu’on utilise à 80% des produits importés. Et 100% de ces produits ont une étiquette avec la liste des ingrédients selon la nomenclature internationale. On doit juste faire attention à ces ingrédients-là.

Maintenant localement, c’est le combat que nous essayons de mener chez Farifima. Il faut qu’on puisse s’organiser et faire un label. Comme vous l’avez dit, il n’y a pas de réglementation et on ne sait pas si les fabricants respectent ou pas les règles. On veut donc mettre en place un label pour les cosmétologues et puis chaque personne qui respectera les critères de production, en termes de qualité feront partie de ce label. Cela permettra de régler énormément de problèmes.

Mais pour l’instant, on ne peut que faire attention parce qu’il y’aura probablement des fraudes. Des fabricants peuvent bien mettre des ingrédients qui ne reflètent pas forcément le contenu du produit.

Bon qu’est-ce qu’on fait (rires) ? C’est très difficile comme question, on y réfléchit. On sait qu’il existe des vendeuses de savons dans les groupes sur Facebook qui ne sont pas forcément honnêtes sur les ingrédients utilisés. Leur cible sont les femmes qui se dépigmentent ou pas d’ailleurs.

Donc je pense que le mieux c’est d’éviter ce genre de produits. Il y’a certains critères qu’il ne faut pas oublier non plus. Quand on commence à utiliser un produit et qu’on voit des réactions anormales : on change radicalement de teint tout d’un coup, ça picote un peu dès l’application, ou brule la peau, il faut se poser des questions.

Restez alertes, suivez votre instinct et posez beaucoup de questions au fabricant : « pourquoi vous avez mis telle huile ? Comment dois-je utiliser le produit ? ». Ça va vous permettre de savoir s’il est crédible ou pas. Les réponses aux questions sur les propriétés des ingrédients notés sur l’étiquette peuvent rassurer l’utilisateur. La personne qui a créé un produit, a fait la formulation doit avoir des facilités à répondre à ce type de questions.

 

L’anglais et le latin étant fortement utilisés en matière d’étiquetage, quels astuces peux-tu partager avec nos lecteurs pour s’y retrouver ?

 La nomenclature internationale est en anglais. Y a aussi la nomenclature chimique. C’est simple, prenez votre téléphone et tapez textuellement les termes sur Google et vous aurez la traduction française. Vous verrez aussi s’il est bien de le mettre ou pas. Après si vous choisissez le produit c’est votre choix. Et s’il y a un problème, ça sera chez vous et non chez le fournisseur ou son produit.

 

Quels sont les ingrédients à surveiller, ceux qui doivent être un frein à l’achat ou à l’utilisation ? 

Plus le produit est naturel, mieux c’est. Les ingrédients qu’il faut surveiller en premier lieu c’est plus la base. Par exemple si on dit qu’une crème est à base de X, il faut aller vérifier si cette base X est en haut de la liste.

Ensuite la nature du produit. S’il s’agit d’un produit destiné à la pousse des cheveux, vérifiez si les ingrédients qui favorisent cette pousse sont dans la composition. Les ingrédients en tête de liste avec des noms bizarres doivent vous pousser à aller vous renseigner sur internet comme je l’ai dit tantôt.

La présence d’huiles naturelles et de beurres sont motivants. A contrario, des produits chimiques à n’en plus finir doivent être un frein. Donc c’est assez facile de connaitre la composition. N’hésitez pas à aller sur Google en cas de doute.

La paraffine par exemple est de moins en moins utilisée, il suffit d’aller sur le moteur de recherche pour voir qu’il y’a une réglementation qui encadre son utilisation. Je ne vais pas trop entrer dans les détails techniques pour ne pas perturber les lecteurs. Ce qu’il faut retenir c’est de rechercher le produit naturel. Recherchez les beurres au début de la liste des ingrédients pour une crème à base de beurre. Faîtes de même si elle est à base d’huiles.

 

Faut-il se méfier des parabènes, silicones, Sodium Laureth Sulfate (SLS) et PEG (PolyEthylene Glycol)?

Oui et non. Ça dépend de la concentration. Si le parabène ou le PEG arrivent en premier lieu sur la liste des ingrédients, il faut faire attention car ce sont des produits qui ne sont dangereux qu’en grosse quantité. Lorsque leur concentration dépasse les 3, 4 ou 5% ça devient grave.

Ce sont des agents texturants ou conservateurs qui sont très bien pour conserver la crème longtemps, ou pour donner une bonne texture. Certains agents jouent même sur l’éclat. C’est mieux s’ils ne sont pas dans un produit, cependant quand ils y sont, il faut voir si la nomenclature est respectée. Ils doivent aussi être en fin de liste. Ce qui est dangereux, c’est d’en mettre en grosse quantité pour former une base.

Il faut certes se méfier. Mais ça ne veut pas dire d’éviter le produit en raison de leur présence dans la formulation. Tout dépend du dosage.

 

Que pouvez-vous nous dire sur les alcools cosmétiques ? Est-ce qu’ils se valent tous ? Je veux dire sont-ils tous mauvais ?

Ah non, il y’a des alcools comme l’alcool éthylique qui est très bien pour la peau, qui n’est pas irritant de nature. Pas comme certains tensioactifs qui se trouvent majoritairement dans les gels douche et qui sont assez néfastes pour la flore naturelle de la peau et qui irritent beaucoup.

Certaines eaux de toilette sont composées jusqu’à 80% d’alcool comme l’alcool acétylique qui n’est pas du tout irritant. On peut utiliser ce type d’alcool mais pas à forte dose. Ils peuvent créer des problèmes à forte quantité. Il faut donc les modérer car ce sont des produits chimiques.

Il est aussi toujours possible de trouver une alternative naturelle. Par exemple opter pour un démaquillant sans alcool à base d’huile.

Il faut savoir aussi que les alcools ont également des effets antibactériens, antiseptiques, astreigeants. De plus, ce sont de très bons solvants. Je ne pense pas à mon humble avis qu’ils puissent causer des dommages.

 

Vous avez débuté dans l’agroalimentaire et aujourd’hui vous êtes directeur et associé dans une entreprise cosmétique. Quel est le lien entre les deux ?

Cette question on me la pose assez souvent et j’ai tendance à répondre que c’est la même chimie. J’ai débuté en tant que chimiste, microbiologiste dans l’agroalimentaire. Et c’est la même chimie.

Dans mon labo cosmétique, on utilise des extraits de plantes et d’aliments notamment du beurre de mangue qui provient de la mangue, du beurre de karité qui est quasiment un fruit ou de l’huile de « bissap » (NDLR hibiscus).

Les composants, les molécules, les combinaisons et formules sont les mêmes aussi bien en agroalimentaire qu’en cosmétique. Il suffit juste de plus se documenter, de faire énormément de recherches pour pouvoir basculer de la chimie alimentaire aux formules chimiques cosmétiques.

Et dans la recherche on ne peut quasiment pas faire la différence entre les deux domaines. Quand on doit faire les tests qualité d’une huile végétale alimentaire, on fait quasiment les mêmes tests qu’en cosmétiques.

Par exemple les spectrophotométries te donnent les qualités de base d’une huile et c’est quasiment les mêmes techniques en alimentaire. En microbiologie ce sont parfois les mêmes bactéries qui touchent l’alimentaire et les produits cosmétiques.

Pour une conservation alimentaire, il faut de la chaleur parfois et un conservateur. Idem en cosmétique. Ce qui les lie c’est la chimie, la biochimie, la microbiologie. En d’autres termes la science.

On ne se sent pas dépaysé, on se sent à l’aise avec les formules. Ce qu’il faut compléter, c’est plus la bibliographie des huiles, des peaux, les méthodes de production cosmétique.

 

Comment on se sent en tant que homme dans un milieu quasi féminin ?

Partout dans le monde, il y a des hommes dans les labos cosmétiques, que ça soit pour le make-up, les soins, la phytothérapie ou l’aromathérapie, y a tout le temps des hommes qui font les manipulations. Je m’y sens très bein et j’adore ce que je fais (rires).

 

 

Votre mot de la fin ?

Ça a été un réel plaisir de faire cette interview. La cosmétique c’est ma passion et c’est toujours un plaisir d’en parler. Je développe aussi une certaine pédagogie en essayant parfois d’expliquer les choses. Ça me renvoie à ma clientèle qui vient avec des problèmes et il faut les rassurer et les conseiller.

 

 

 

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