La durabilité est désormais un enjeu central pour l’industrie cosmétique en Afrique. Du choix des matières premières, à l’optimisation des procédés de fabrication, les entreprises mettent en œuvre des stratégies variées pour réduire leur empreinte écologique. Cette approche globale, qui s’inscrit dans une démarche d’économie circulaire, contribue à la fois à préserver l’environnement et à renforcer la réputation des marques. La valorisation des résidus de matières premières en cosmétiques en Afrique est une opportunité pour le secteur d’accroître la durabilité. En 2022, nous vous parlions déjà de la valorisation des tourteaux dans les cosmétiques made in Africa. Dans cet article, nous allons à la découverte de diverses matières insoupçonnées qui sortent tout droit de notre alimentation.
Qu’est-ce que la durabilité en cosmétique ?
La durabilité dans le secteur des cosmétiques est un concept qui englobe l’ensemble du cycle de vie d’un cosmétique, de sa conception à son élimination, en passant par sa production et son utilisation.
On parle donc de cosmétiques durable lorsque celle-ci :
- Minimise son impact environnemental: elle privilégie les ingrédients naturels et biologiques, issus de l’agriculture durable, et réduit sa consommation d’eau et d’énergie.
- Favorise l’éthique: produite dans des conditions respectueuses des travailleurs et des animaux, et évite les substances controversées ou testées sur les animaux.
- Est durable dans le temps: elle est conçue pour durer plus longtemps, avec des emballages réutilisables ou recyclables, et des formules stables.
Elle repose sur des piliers fondamentaux que sont

- Des ingrédients naturels, biodégradables et issus de l’agriculture biologique ou synthétiques, choisis avec soin pour minimiser leur impact.
- Des processus de fabrication optimisés pour réduire la consommation d’énergie et d’eau, et les émissions de gaz à effet de serre.
- Des emballages conçus pour être plus légers, réutilisables ou recyclables, et les matériaux utilisés, choisis pour leur faible impact environnemental.
- Des modes de distribution optimisés pour réduire les transports et les émissions liées la logistique.
Valoriser les résidus de matières premières : la méthode de l’upcycling
L’upcycling permet de valoriser une multitude de sous-produits industriels. En cosmétique, cette démarche peut se traduire par l’utilisation de coproduits végétaux, de résidus d’extraction et d’autres matières premières secondaires. Il s’agit en effet d’une méthode qui a le mérite d’offrir une alternative plus durable aux ingrédients traditionnels.
Les études récentes de l’Organisation des Nations Unies mettent ainsi en évidence un double problème du gaspillage alimentaire en Afrique : d’une part, les pertes considérables lors de la production et de la transformation; d’autre part, le gaspillage grandissant au sein des magasins et des ménages, particulièrement dans les zones urbaines des pays en développement. C’est un défi majeur pour garantir l’accès à une alimentation suffisante pour tous.
Pourtant, les aliments gâchés regorgent d’antioxydants, de polyphénols et d’autres molécules bioactives, hautement nécessaires dans la formulation cosmétique de haute qualité. En effet, les déchets alimentaires représentent la principale source de matériaux recyclables en produits de beauté.
L’upcycling est le processus qui va donc permettre la transformation des sous-produits, des déchets ou des objets mis au rebut en nouveaux matériaux ou produits. Cette approche vertueuse permet non seulement de réduire l’empreinte environnementale de l’industrie, mais aussi de développer une économie circulaire plus respectueuse des ressources.
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Quelques aliments à envisager pour une utilisation cosmétique en Afrique

Découvrons ici cinq aliments afro qui sont de potentiels actifs phares de l’industrie cosmétique made in Africa.
La tomate : beaucoup utilisée en cosmétique africaine
Dans l’alimentation en Afrique, la pulpe de la tomate est très utilisée. A l’échelle mondiale, environ un quart de la transformation industrielle des tomates sert à la pâte de tomate. Les tomates pelées ou non pelées sont en fait coupées ou transformées en purée, jus, ketchup, soupes, etc. Le marc de tomate est quant à lui riche en peau et en eau. Il représente 4 % du poids de ce fruit. Bien qu’en plus de l’eau, les principaux composants du marc de tomate soient des fibres (60 % de son poids sec), le marc contient également des protéines, des pectines, des graisses, des minéraux et des antioxydants sains, comme le caroténoïde lycopène.
Les ingrédients extraits des déchets de tomates présentent également une activité biologique en tant qu’antioxydants; in vitro. Ils modulent aussi la croissance cellulaire et confèrent des propriétés anti-mutagéniques. Les recherches ont par ailleurs identifié les propriétés anti-inflammatoires provenant de la naringénine-chalcone dans la peau de la tomate. Cette molécule a de plus démontré son efficacité dans la réduction de l’œdème chez les modèles animaux.
La mangue : richement valorisée dans la cosmétique en Afrique
La mangue est un fruit très aimé en Afrique de l’Ouest et surtout dans la cosmétique africaine. Le manguier fait partie de la famille des Anacardiacées, une famille botanique qui comprend de nombreuses espèces végétales connues pour leurs propriétés toxiques.
La transformation du fruit de mangue entraîne la production de deux principaux déchets, à savoir le pelage et les grains. Environ 15 à 20 % de la peau n’est pas utilisée pas dans le commerce, ce qui contribue aux dommages environnementaux lorsqu’elle est mise en décharge. De même, la peau de mangue contient une gamme variée de PTN bénéfiques, comme les caroténoïdes, les polyphénols et d’autres substances PTN, dont il a été scientifiquement démontré qu’elles ont des effets positifs sur la santé humaine.
Dans le zeste de mangue, il existe des fibres riches en antioxydant et en anti-radicaux libres. La teneur en polyphénols de la peau de mangue est supérieure à celle de la pulpe de mangue pendant toutes les phases de croissance du fruit. À ce sujet, de nombreuses études sont menées pour étudier la composition polyphénolique des peaux de mangue dans différentes variétés. La variabilité de la teneur en polyphénol est la plupart du temps influencée par plusieurs facteurs. On note des facteurs tels que le stade de maturité, l’emplacement géographique, la variété spécifique et les conditions météorologiques prévalant dans le lieu de culture.
L’ananas : très prisé dans la cosmétique africaine
L’ananas est la star des fruits. Son jus est le troisième plus apprécié à l’échelle mondiale, derrière les jus d’orange et de pomme. Selon les statistiques de la base de données en ligne de la FAO, la superficie mondiale consacrée à la culture de l’ananas en 2007 était d’environ 920 349 ha. Ce qui donne une production estimée de près de 18 millions de tonnes.
Sa transformation permet généralement de produire des jus, des concentrés et des confitures. L’ananas contient entre autres de la bromélaïne, une enzyme protéolytique qui se trouve dans sa tige. Cette dernière s’utilise le plus souvent dans de nombreux contextes médicinaux et alimentaires. Elle est capable de digérer les cellules de la peau et donne au fruit des propriétés exfoliantes pour éliminer les cellules mortes de la peau. L’extrait d’ananas peut se mélanger en toute sécurité avec d’autres ingrédients comme l’acide hyaluronique, la niacinamide et les acides alpha-hydroxy (AHA). Ses propriétés sont même décuplées lorsqu’il s’associe à d’autres actifs.
Les peaux de bananes : multifonctionnelles dans la cosmétique en Afrique
En Afrique de l’Ouest et partout ailleurs dans le monde, la peau de banane est jetée. C’est pourtant une source riche en nombreux composés bioactifs comme les caroténoïdes, les amines biogènes, les polyphénols, les phytostérols et les antioxydants. Elle contient également des minéraux comme le fer, le calcium, le sodium, le phosphore, le magnésium et de bons niveaux de fibres alimentaires. L’extraction des antioxydants présents dans les pelures de bananes peut aider à réduire le risque de maladies comme le cancer. Les antioxydants jouent un rôle crucial dans l’élimination des toxines du corps humain. Une banane complète comprend environ 30 à 40 % de la peau, et le reste est la partie pulpeuse. Les pelures de bananes s’utilisent donc dans un large éventail d’industries.
Ainsi donc, l’usage de la peau de la banane en cosmétiques, en médecine ou encore dans la production de papier et de biocarburants est une excellente alternative. Elle possède des propriétés anti-inflammatoires qui s’utilisent dans la vie quotidienne comme premiers soins à domicile. Ces soins permettent en effet de contrôler, réduire et guérir l’inflammation et les infections. Certains produits industriels comme le papier, les fibres et les textiles se fabriquent également à partir de peaux de bananes.
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Le tapioca : assez apprécié dans la cosmétique africaine
La farine de tapioca, issue des racines du manioc renferme des propriétés extraordinaires pour la peau et les cheveux. Grâce à sa capacité exceptionnelle à absorber l’excès de sébum, l’amidon de tapioca est un allié de choix pour matifier les peaux grasses et réguler l’hydratation. Sa texture douce et non irritante en fait un ingrédient idéal pour les peaux sensibles. Ses propriétés épaississantes permettent d’ailleurs de créer des formules riches et onctueuses sans recourir à des agents chimiques.
En intégrant l’amidon de tapioca dans leurs formulations, les marques de cosmétiques africaines peuvent valoriser un trésor local. Elles peuvent également répondre aux attentes des consommateurs en quête de produits naturels et respectueux de l’environnement.
Il s’agit là d’une liste non exhaustive d’aliments afro à revaloriser pour des résultats spectaculaires dans le secteur cosmétique en Afrique.
La valorisation des déchets alimentaires stimulera probablement la recherche et le développement de nouveaux produits cosmétiques, ce qui favorise l’innovation dans le secteur. Cela offre également une opportunité de créer des produits uniques et différenciés, capables de se démarquer sur le marché. Chez Sétalmaa, nous pensons qu’investir dans la valorisation des déchets alimentaires contribuera à développer une industrie cosmétique florissante, créatrice de valeur ajoutée et respectueuse de l’environnement. Et vous ? Qu’en dîtes-vous ?

